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Ce 25 mai : journée internationale des enfants disparus

Le mot "réseau" nous empêche-t-il de regarder la réalité en face ?

25 mai 2007 Rubrique:DROIT DE L’ENFANT

Cette journée est, ô combien, nécessaire car aucun enfant disparu ne peut retomber dans l’oubli tellement naturel dans notre société, et... tellement profitable aux prédateurs, qu’ils travaillent seuls ou en association de malfaiteurs pédo-criminels.

Car c’est un raisonnement que l’on ne peut plus contourner : il est parfaitement raisonnable en ce qui concerne toute disparition sans retour et sans trace, de tenir compte de l’hypothèse d’associations de pédo-criminels.

En Belgique, lorsque Julie et Mélissa ont disparu, on affirmait haut et fort que des « réseaux », cela n’existait pas. Il a fallu attendre l’affaire Dutroux et consorts, c’est-à-dire la découverte des corps des enfants, pour que l’on puisse oser penser à l’impensable et se représenter ce que pouvait être la réalité. Mais, par après, cette représentation de la réalité s’est trouvée dissoute dans le doute et le déni médiatiques et les dysfonctionnements d’une interminable enquête, au point que l’on n’osait même plus penser que des réseaux puissent exister.

Mais très récemment une association de pédo-criminels a été démantelée grâce à une collaboration entre la Belgique et la France et une conférence de presse donnée par les plus hautes instances judiciaires et policières du pays, a permis que l’on se rende compte qu’il n’y a pas que des psychopathes isolés, et que des hommes et des femmes, en apparence tout à fait normaux, pouvaient concevoir et mettre à exécution les projets les plus immondes en ayant ciblé à l’avance des enfants de quatre ans et plus, qui, heureusement n’auront pas à souffrir cette fois-ci de ce que l’être humain est capable de faire aux plus faibles et aux plus innocents.

Mais faut-il se limiter à raisonner sur ce cas précis sous prétexte que là, il y a la preuve et que ailleurs, nous ne l’avons pas, alors qu’il est raisonnable de penser que puisqu’il n’y a pas que Dutroux, Lelièvre et Martin, puisqu’il n’y a pas que Fourniret et sa femme, puisqu’il n’y a pas que « Diablo » et « Helliot », il y en a beaucoup d’autres. Est-on si optimiste sur la nature humaine pour qu’on ne puisse pas se représenter que l’homme est capable de la meilleure mais aussi de la pire des choses ? Alors, évitons l’angélisme de croire que tant que l’on n’a pas d’autres preuves, le reste n’existe pas. Car le reste est émaillé par toutes ces photos d’enfants disparus. Et l’on pourrait ajouter par toutes ces photos d’enfants abusés, voire torturés, dont n’importe quel service de police peut vérifier l’existence sur Internet en dressant le constat de l’existence d’autant de preuves d’actes criminels envers des enfants.

Faut-il d’ailleurs employer encore le mot « réseau » pour désigner les impensables activités de gens associés dans la même recherche d’un pouvoir absolu sur des êtres au cœur de l’enfance ?

Ce mot valise, depuis plusieurs années, fait obstacle à la reconnaissance de la réalité, dans la mesure où il oppose directement ceux qui y croient et ceux qui n’y croient pas. Mais est-ce vraiment une question de croyance ?

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Madeleine McCann dite Maddie
Source : http://www.findmadeleine.com

Une semaine après la disparition de la petite anglaise Maddie, 4 ans, que plus personne ne peut ignorer en Europe après que tous les médias portugais, anglais et européens aient diffusé largement sa photo, la directrice de l’association française « La Voix de l’Enfant » s’étonnait de ce que la police portugaise travaillait sur l’hypothèse d’un enlèvement par un réseau pédophile [1] : « Cela me surprend. Je ne vois pas ce que des trafiquants d’enfants iraient faire dans un pays d’Europe alors qu’il est malheureusement beaucoup plus facile d’enlever un enfant dans certains pays où il n’y a pas d’inscription à l’état civil, pas de scolarisation. En Europe, la législation en la matière est beaucoup plus stricte ». Le raisonnement n’est pas absurde. Il est évident que les enfants sans famille, ou sans état civil, sont des proies plus faciles. Mais le raisonnement occulte l’existence de prédateurs capables d’enlever dans nos pays, des enfants ni orphelins, ni sans papiers comme ce fut le cas chez nous le 24 juin et le 23 août 1995. Et la phrase « cela fait en tout cas dix ou quinze ans qu’il n’y a pas eu d’affaires prouvant l’existence de tels réseaux œuvrant en Europe, que ce soit sur le terrain ou sur l’Internet », a de quoi inquiéter sortant de la bouche de la directrice de l’association « La Voix de l’Enfant ».

Le 9 mai, la veille de la publication de cette interview, on apprenait le démantèlement d’un réseau italo-germanique de diffusion d’images pédophiles sur le Net. Cinquante-trois personnes venaient d’être inculpées dans 31 villes italiennes. L’alerte avait été donnée en 2006 par l’association italienne Meter (présidée par Don Fortunato di Noto) qui avait trouvé sur un site Internet allemand plusieurs vidéos mettant en scène des enfants âgés de 7 à 11 ans et de diverses nationalités.

Cela ne fait que rappeler des opérations de plus grande envergure, comme l’opération « Cathédrale » menée, en 1999, depuis l’Angleterre (National Crime Squad) dans quatorze pays d’Europe et d’Amérique et qui a abouti à 120 inculpations ou mises en examen. Les vidéos de viols d’enfants qui étaient diffusées depuis le site « Wonderland » situé en Grande-Bretagne, avaient été produites par un réseau pédophile américain appelé « Orchid ».

Au Portugal, ce pays où la famille de la petite Maddie, disparue le 3 mai 2007, était en vacances, l’opinion publique est encore marquée par les révélations, qui n’ont rien de fantasmatiques, d’un véritable réseau pédophile impliquant des stars de la télévision et personnalités politiques, diplomatiques et médicales inculpées par le Procureur général de la République, José Souto Moura, du chef de violences sexuelles et de prostitution de mineurs à partir d’une institution scolaire pour orphelins dénommée « CASA PIA ».

Dans ce même pays, dans l’île de Madère, des pédo-criminels belges et hollandais venaient tourner des films de viols de mineurs qui étaient projetés dans des cafés de la région d’Anvers. Des plaintes ont été déposées et un procès fleuve s’est déroulé à Funchal, aboutissant à la condamnation des violeurs, cinéastes et rabatteurs.

Faut-il encore des exemples ?

Lorsque l’on sait qu’un site pédophile sur Internet (il y en a des milliers) peut recevoir 20 000 visiteurs par jour et qu’un abonnement à une trentaine de films peut coûter 500 dollars, on peut comprendre que l’enjeu n’est pas seulement l’exaltation sordide de la jouissance sexuelle par le viol ou les tortures d’enfants mais est aussi la construction de puissances d’argent.

Il n’est pas question de polémiquer sur les déclarations de la directrice de l’association « La Voix de l’Enfant », car toutes les associations de bonne volonté sont nécessaires, et cette association a certainement toute son utilité. Mais il est temps de considérer que la lutte pour que les enfants disparus ne soient jamais oubliés est désormais indissociable de la lutte contre l’existence de la pédo-criminalité organisée, contre laquelle il ne faut jamais se sentir impuissant. Aux autorités appartient la lutte policière, aux citoyens appartient la lutte culturelle et morale, pour que ce qui est insupportable aux parents d’enfants disparus, le devienne aussi à toute la société en droit de se sentir plus digne et respectable.

Joseph DESSART

Source photo logo : http://www.fredi.org

Ce 25 mai 2007, à Paris, rassemblement-forum à l’initiative de l’association Estelle sur le thème « Agir ensemble ».
Plus de détails sur le site de la Coordination des Comités blancs.

[1] Propos recueillis par Catherine Fournier pour 20Minutes.fr, éditions du 10/05/2007.

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