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Trafic d’êtres humains et viols

Lucien Vial : fin de carrière ? 4 mai 2007 par l’Observatoire citoyen - Rubrique:CRIME ORGANISE
Mardi 24 avril a eu lieu au Palais de Justice de Charleroi une audience spéciale de la 6ème Chambre correctionnelle chargée d’examiner les préventions à charge de Lucien Vial, habitant Laneffe, négociant en vin, et déjà connu pour un grand nombre d’antécédents douteux en matière de mœurs, et dont le nom est maintes fois apparu dans le dossier Dutroux et Consorts [1]. Il s’agit d’une action intentée par cinq jeunes roumaines et le Centre pour l’Egalité des Chances pour traite et trafic d’êtres humains, ainsi que pour viol et attentat à la pudeur sur certaines des jeunes femmes.

Vial comparaissait librement, contrairement à un roumain, du nom de Muresan, qui lui servait de rabatteur.

En première audience, Lucien Vial a tout nié en bloc : « Je me suis rendu à plusieurs reprises en Roumanie avec Médecins Sans Frontière. Les filles me sollicitaient : elles voulaient venir vivre en Belgique, y trouver un mari. Moi, je leur ai payé des papiers, le voyage, des vêtements. Elles étaient belles et gentilles avec moi. Je sais que ce n’est pas pour mes beaux yeux mais parce que je les comblais d’argent. D’ailleurs, dès qu’elles avaient leurs papiers en ordre, elles disparaissaient de ma vie ... Elles ne voulaient pas venir travailler en Belgique mais juste trouver un mari et certaines se sont d’ailleurs mariées ici ».

Il nie également les faits de moeurs : « J’ai du diabète depuis plusieurs années. Je ne peux plus entretenir de relations complètes. Je les caressais et elles me caressaient. Et elles étaient consentantes ... » [2]

Si bien que le tribunal a décidé d’entendre les plaignantes au cours d’une audience exceptionnelle puisqu’elles ne pouvaient témoigner qu’à titre de renseignements, étant donné qu’elles étaient parties civiles au procès.

La première à témoigner fut A-M M. dont le récit illustra une fois de plus les étapes déjà connues du trafic d’êtres humains.

Elle a suivi son amie qui avait trouvé du travail en Belgique, par l’intermédiaire d’une vague connaissance se présentant comme un homme très sérieux, Sorine Muresan, qui avait proposé un emploi dans un hôtel tenu par un ami de son patron L. Vial ! Elles sont venues en Belgique, dans la voiture du Muresane qui, juste le temps de passer la frontière entre la Roumanie et la Hongrie (faisant partie de l’espace Européen), leur a mis en main un passeport, un certificat médical, et 500 euros qu’il fallait montrer. Ce qu’il a repris une fois la frontière passée. A peine arrivées en Belgique, elles sont présentées à L. Vial qui les emmène faire un voyage de trois jours sur la Côte d’Azur, au cours duquel elles seront l’objet des désirs sexuels de leur « patron ».
Vial avait tout nié en disant au tribunal qu’une opération antérieure l’empêchait d’avoir des rapports sexuels normaux et complets. Ce que démentit la seconde jeune femme, qui se sentait responsable des malheurs arrivés à son amie. Et c’est avec beaucoup d’émotions et de sanglots qu’elle répondit aux questions de la présidente :

-  Etiez-vous consentante ?
-  (elle hésite beaucoup)...Oui, entre guillemets.
-  Pourquoi ces guillemets ?
-  Je me sentais coupable d’avoir entraîné A-M. dans cette triste aventure, je voulais la protéger, car Vial menaçait de l’envoyer ailleurs, si je ne faisais pas ce qu’il voulait. Nous aurions été séparées ...

En Belgique, ces deux jeunes roumaines furent, avec d’autres, employées comme femmes de chambres dans l’hôtel de L. Vial, car c’était lui le patron de l’hôtel. Elles travaillaient de 7h00 du matin jusqu’à 1 ou 2h00 dans la nuit, car après le nettoyage elles devaient travailler au bar. Elles étaient nourries et logées. Mais elles n’ont jamais été payées. La nourriture c’était environ 100 gr de viande, et quand elles avaient du pain, c’était un grand jour car le pain était réservé aux clients.

L’avocat de L. Vial intervient alors pour faire demander par la présidente pourquoi elles ne s’étaient pas sauvées ?

-  On ne parlait pas bien le français ; on avait peur d’aller à la police ; j’ignorais ce qu’on pouvait faire ; j’étais dépressive ; je pensais tout le temps à ma mère ; j’étais humiliée de ce qui se passait ; je pleurais souvent ; je ne suis jamais sortie seule, Vial m’accompagnait chaque fois ...

Ces témoignages relatent bien la mécanique classique de la traite des êtres humains exploitant à fond le désir et souvent l’ignorance dans laquelle sont les jeunes femmes qui veulent venir travailler en Europe occidentale lorsqu’elles tombent sur des individus sans scrupules.

Il aura même fallu un certain courage à ces jeunes roumaines pour venir témoigner devant leur exploiteur, lequel, lors des premières audiences, les rendait quasiment responsables de ce qu’elles avaient vécu : « j’avais toujours 5 ou 6 roumains chez moi, des hommes et des femmes. Mais ces gens-là, quand on en a un, ils font venir toute leur famille, ce n’est pas moi qui les ai fait venir ... ».

Ce déni est tout à fait caractéristique du personnage car ce n’est évidemment pas la première fois que des plaintes pour viol sont déposées contre lui. Et il faut bien dire que nier les accusations lui a toujours permis de s’en sortir grâce à un certain laxisme récurrent dans la poursuite des dossiers le concernant.

Ce lundi 30 avril, l’audience était consacrée aux plaidoiries de la défense du prévenu, celle de la défense des parties civiles, et au réquisitoire du Ministère public qui réclame 6 ans de prison.

Le jugement est attendu pour le 15 mai.

Annexe :

Carrière impressionnante d’un violeur « en série »

(Nous résumons ici l’article de Michel Bouffioux daté du 21/10/2003, ainsi que les informations contenues dans le livre « Les Dossiers X, ce que la Belgique ne devait pas savoir », de Marie-Jeanne Van Heeswijck, Douglas De Coninck, et Anémie Bulté, Ed. EPO)

Né en France (Les Halles, Rhône) en 1935, il se fait connaître des autorités judiciaires françaises (entre 1960 et 1970) pour faits de mœurs, proxénétisme et vols.
Installé en Belgique, dans la région de Walcourt, il entamme une double vie de négociant en vin (il fournit essentiellement les restaurants) et de violeur en série.

1983, juillet : plainte déposée par la maman d’une jeune fille qui sera confrontée à son agresseur dans les locaux de la gendarmerie de Charleroi. Le dossier est resté sans suite.

1983, septembre : Vial bénéficie d’un non-lieu suite à une plainte déposée par une autre jeune fille qui déclare avoir été menacée de représailles.

1983, novembre : Dossier ouvert et transmis au Parquet de Namur pour débauche de mineur. Sans suite connue.

1986 : plainte déposée par Catherine L. pour viol. Ce dossier montre que Vial se fait aider d’un complice, un certain Paolo D. Sans suite connue.

1986 : plainte déposée pour viol par Daphné R. Seul dossier qui aboutira à une condamnation de Vial, le 24 octobre 1989 (Charleroi). Il restera cependant en liberté après sa condamnation. En tout, il aura fait 59 jours de préventive.

1986 : plainte déposée par Patricia D. Non-lieu.

1986 : du 16 décembre 1986 au 7 janvier 1987, puis du 27 janvier au 13 février 1987, Vial est détenu à la prison de Jamioulx, dans la cellule contiguë à celle de Dutroux. Ils vont au préau ensemble.

1988 : plainte d’une jeune fille (Parquet de Bruxelles) contre Vial et des complices qui prennent des photos. Classement sans suite.

1989 : plainte d’une mineure contre Vial et son rabatteur, un certain Didier. Elle déclare avoir été l’objet d’un chantage afin de se prostituer avec des clients désignés par Vial. Sans suite connue.

1989, 21 mai : Deux jeunes filles (Laurence B., 16 ans, et Sylvie E., 17 ans) sont emmenées par un rabatteur de Vial, Paolo D. Un témoin, ami des jeunes filles, Pascal, prend le numéro de la voiture et téléphone à la gendarmerie. Les deux jeunes filles sont droguées et violées dans un hôtel à Rosée. Des photos sont prises. Une d’elles parvient à s’échapper. Les deux hommes sont arrêtés (Prison de Jamioulx). Le jeune homme témoin fait une déposition à la BSR de Charleroi. Le surlendemain, deux jours après le viol, Lucien Vial et Paolo D., sont libérés. Le 4 juin 1989, Pascal, le témoin, est retrouvé mort sur un trottoir de Charleroi. « Overdose », conclut le parquet qui ferme le dossier.

1989, 25 mai : autre plainte, encore, déposée par Nathalie M. qui dénonce une tentative de viol sur une mineure. Sans suite connue.

1989  : plainte pour grivèlerie déposée au Parquet de Charleroi. Classé sans suite.

1991, 18 mars : Dossier ouvert par le Parquet de Charleroi pour débauche de mineures. Transmis au Parquet de Namur, le dossier est resté sans suite connue.

1991, 8 mai : arrestation de Lucien Vial après un viol commis avec un autre rabatteur, Mohamed I. (même modus operandi que pour le double viol de Rosée).

1991, 18 juin : Séjour de L. Vial à la prison de Saint-Gilles (6 jours), suivi d’un traitement psychiatrique à Auvelais (3 mois). Vial se tient à carreau : deux procès lui pendent au nez.

1993, 6 mars : La Chambre des mises en accusation de Liège renvoie les deux rabatteurs, Paolo D. et Mohamed I., en correctionnelle. Lucien Vial, lui est déclaré « irresponsable » et fera simplement deux mois en défense sociale !

1993 : dossier ouvert contre L. Vial pour vol qualifié. Classé sans suite par le Parquet de Charleroi.

1995 : Arrestation de L. Vial en France avec trois prostituées roumaines, dont une mineure d’âge. Les enquêteurs démontrent un trafic d’êtres humains avec complicités en France et en Allemagne.

Un dossier Vial dans l’affaire Dutroux

Un certain nombre de témoignages postérieurs à l’arrestation de Dutroux forcent les enquêteurs à ouvrir un dossier d’enquête spécifique concernant Lucien Vial. Nom de code « raisin », dossier 139/96 de Neufchâteau.

1996, 23 août : Nathalie B., qui avait déjà porté plainte contre Vial, en 1983 pour viol, fait une déposition à la PJ de Dinant : elle est formelle pour dire avoir vu Nihoul et Vial ensemble.
(Elle reconfirmera son témoignage le 21 mars 1997)

1996, 30 août : un rapport de la BSR de Charleroi mentionne que « dans le milieu carolo, il est connu que Vial fréquentait Niltoul. Ils ont été vus ensemble au Carré blanc. Le nom de cet établissement a également êté cité dans le dossier Dutroux en rapport avec un témoignage selon lequel Julie et Melissa y avaient été vues. Le juge Langlois n’a pas accepté de donner de mandat de perquisition pour que l’endroit soit visité. Le rapport du 30 août 1996 précise que selon un « contact info », Vial « paye 50.O0O à 60.000 francs pour des jeunes filles ».
Quelques jours plus tard, les enquêteurs de l’antenne « Neufchâteau » de la BSR de Bruxelles reçoivent le témoignage d’un ancien détenu à la prison de Jamioulx disant avoir revu Dutroux et Vial ensemble dans un établissement bien connu de Charleroi.

1996, 14 octobre : dessaisissement du juge Connerotte qui avait envisagé des perquisitions chez Vial. Idée que le juge Langlois ne poursuivra pas.

1997, 9 janvier : il est établi par les enquêteurs que Vial est en contact avec un souteneur connu, dans le quartier nord de Bruxelles.

1997, 18 mars : témoignage d’un ami de Diakostavrianos aux enquêteurs de la BSR. « Un garagiste de Charleroi, nommé (...), qui connaît Vial m’a dit que Vial tournait des cassettes pornos avec adultes et avait organisé une soirée dans un château avec certaines personnalités connues... »

1997, 18 avril : Les enquêteurs de Neufchâteau reçoivent un nouveau témoignage d’une victime de Vial en 1987, qui signe sa déclaration en disant avoir peur de représailles. Le même jour une autre femme, violée par Vial lorsqu’elle avait 15 ans, fait une déposition en rappelant ce qu’elle avait déjà dit à la BSR de Philippeville en 1987 : « Vial est connu pour rechercher des filles de 15, 16 ans... ».

1997, 11 juillet : sur recommandation du commandant BSR Jean-Luc Duterme, le juge Langlois ordonne une relecture du dossier « raisin » 139/96. Quinze jours après, l’adjoint de Duterme estime « qu’il est inutile d’enquêter plus avant sur Vial ... ».

1997, 30 juillet : un rapport confidentiel adressé au Procureur Bourlet et au directeur opérationnel de l’antenne « Neufchâteau » de la BSR de Bruxelles, explique qu’un informateur a déclaré que « Vial « tient » des gens haut placés par des photos faites à leurs dépens lors de soirées organisées à sa villa avec des filles mineures... ». Dernier acte d’un dossier qui reste, en principe, toujours ouvert !

2003, 10 octobre : Lucien Vial est arrêté et plusieurs ressortissants roumains découverts dans son hôtel, comme travailleurs en noir et en séjour illégal. Une instruction est ouverte.

Au début d’octobre, une lettre anonyme avait été adressée à la police locale de la zone Germinal dénonçant un certain L. Vial, négociant en vin et tenancier de l’Hôtel de France, chaussée de Philippeville, à Charleroi, pour trafic d’êtres humains dont les victimes étaient de jeunes roumaines. Il s’est avéré plus tard que cette lettre avait été écrite par un témoin direct : Alain V., cuisinier à l’Hôtel de France.
Cette affaire est actuellement traitée par la 6ème Chambre du Tribunal Correctionnel de Charleroi. C’est à ce propos que l’on attend le jugement pour le 15 mai 2007.

[1] Dans un article fort bien documenté, Michel Bouffioux rend compte de témoignages selon lesquels on a vu Vial et Nihoul ensemble, notamment au « Carré Blanc » , quai de Brabant à Charleroi (cette boîte de nuit a disparu peu après les dramatiques événements du mois d’août 1996 (cf. « Le Journal du Mardi » N° 136 du 21/10/2003). Voici ce passage : « Le 10 juillet 1997, un membre de la PJ d’Arlon interroge l’ancien exploitant d’un café de Tamines. A priori, ce sont des renseignements sur Michel Lelièvre, un habitant du coin, qui sont recherchés. Mais alors qu’il consulte l’album photos des enquêteurs, le témoin parle plutôt de Vial et de Nihoul : « je ne reconnais que la pboto de Nihoul. Je me souuiens I’avoir aperçu à plusieurs reprises en compagnie de Vial à la discothèque ’Le Carré blanc’ à Charleroi. Je sais que Vial est bien connu pour avoir de l’argent et se permettre d’acheter la fille qu’il désire. »

[2] Extrait du compte rendu d’audience paru dans la Nouvelle Gazette du 18/04/07.

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