Un néo-capitalisme d’escrocs et d’aventuriers
Et vint le temps des frelons avidesExtraits de l’éditorial de Giorgio Bocca publié dans l’Espresso du 25/01/2007
27 février 2007 Rubrique:CRIME ORGANISE« Sous nos yeux s’est formée une société ploutocratique, sans limites et sans corrections légales, sociales, éthiques. Nous nous trouvons aujourd’hui face à un capitalisme d’escrocs et d’aventuriers.
Bocca Giorgio
Un nouveau type de société est occupé à se former dans le monde, la société des riches sans mérites et sans contrôle, sans traditions et sans responsabilités. Une société qui n’est pas aristocratique, parce que, pour en faire partie, il suffit d’avoir beaucoup d’argent ; une société qui n’est pas manufacturière, parce que peu importe si elle produit ou non des biens de qualité ; une société qui n’est pas raciste, parce qu’elle ne se préoccupe pas de la couleur de la peau. Elle est sélectionnée par l’argent. Parce que de la quantité d’argent que l’on possède dépend étroitement le quartier que l’on habite, ce qu’on consomme, les relations sociales et les choix politiques. (...)
Un peu brutale et bandit, cette nouvelle société semble partager une morale de pirate. L’institution sur laquelle elle base sa révolution, sa nouveauté dont elle est si fière, c’est le stock option, la prime à qui a augmenté la valeur en argent, en dividendes, d’une société. Qu’importe s’il s’agit de la société la plus néfaste pour le genre humain, trafiquante de poisons nucléaires ou de mines anti-personnelles. A coup sûr une institution qui incite au vol, parce que les managers qui ont pris la place des vieux propriétaires sont plus avides, et irresponsables. Il est notoire que leurs gains disproportionnés proviennent d’accords tenus plus ou moins secrets qui ont lieu dans leur corporation. Quelqu’un peut-il m’expliquer quels avantages ont tirés les entreprises italiennes et leurs actionnaires de ces primes que les managers se sont fraternellement réparties ?
Le capitalisme d’aujourd’hui, comme celui de hier, ne jouit pas du consensus populaire, on l’accepte comme un mal mineur, comme un moyen un peu filou, et injuste, mais efficace. Et pourtant, socialement, le refus de toute règle éthique de cette forme de capitalisme, de tout contrôle démocratique, sa manière de se moquer de toute discipline, ne fonctionne pas : sans cesse, elle produit des scandales, des malversations, des vols colossaux de biens publics. Nous en sommes arrivés à un capitalisme d’escrocs, d’aventuriers, dans lequel les délinquants attendent tranquillement la prescription.
La nouvelle société, c’est une société impunie, un essaim bourdonnant d’avides pour qui les lupanars à ciel ouvert de la côte d’émeraude sont au top des ambitions sociales, pour qui un tricheur, un vaurien, pour autant qu’il soit riche, vaut autant qu’un honnête homme. (...) ».
Traductions d’extraits de l’éditorial « E venne il tempo dei calabroni avidi », de BOCCA Giorgio dans l’Espresso, 25/1/07, p.9.
Source photo : www.theplazaresidences.com
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