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Prêtres pédophiles

Le silence fait-il encore la loi dans l’Eglise catholique ?

3 octobre 2005 Rubrique:DROIT DE L’ENFANT
Depuis quelques années, de nombreux scandales éclaboussent l’Eglise catholique. Partout, de nouveaux cas arrivent devant les tribunaux : des prêtres y sont accusés par de nombreuses victimes ; leur hiérarchie est accusée ou suspectée d’avoir organisé le secret sur ces crimes. Rédigé en 1962 par le Cardinal Ratzinger, devenu Pape sous le nom de Benoît XVI, le document « Crimen Sollicitationis » invite-t-il encore aujourd’hui les membres de l’Eglise catholique au silence lorsque celle-ci est touchée par une affaire de pédophilie ?



Dernièrement, en France, le prêtre d’origine canadienne Vadeboncoeur a été condamné à 12 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises pour agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans. Ce qui interpelle, c’est la difficulté d’instruire cette affaire. D’une part, les habitants se sont tus et d’autre part, de nombreux dossiers ont disparu à l’évêché d’Evreux. Ce qu’a rappelé l’avocat général avant de s’interroger sur le rôle joué par Mgr Jacques Gaillot, alors évêque d’Evreux. Celui-ci avait reçu à deux reprises des lettres expliquant le passé judiciaire de Vadeboncoeur (en effet, en1985, l’église canadienne l’a démis de son ministère après qu’il fut condamné déjà à vingt mois d’emprisonnement pour "grossière indécence, sodomie et agressions sexuelles sur des adolescents"). Ce qui n’a pas convaincu Mgr Gaillot de ne pas lui confier de paroisse... "Il y a ceux qui n’ont rien vu, rien entendu et ceux qui jouent sur les mots. Bravo à celui qui sait et qui ne dit rien car il n’a pas de preuve. Mais surtout, mes félicitations à celui qui a pris le coeur léger le risque de livrer en pâture vos enfants à Denis Vadeboncoeur avec la bénédiction de Dieu", a plaidé l’avocate de la victime.

Aujourd’hui, l’évêque affirme qu’il n’a pas voulu "barrer la route" à ce prêtre pour lequel il éprouvait "une sorte de solidarité". Appelé à la barre, il témoigne : "J’ai accepté qu’il soit nommé curé de Lieurey, je le regrette.".

Mgr David, le successeur de Mgr Gaillot, averti ou non par celui-ci du passé judiciaire de Vadeboncoeur (leurs témoignages divergent) mais en tout cas contacté par une victime canadienne, affirme quant à lui devant le tribunal, qu’« il parle devant Dieu ». Ce que la présidente du tribunal ne peut accepter. Elle réplique aussitôt sur un ton très ferme : " Ici, vous êtes devant une cour d’assises. Je vous demande de retirer cela.".

Et si le silence et l’aveuglement de ces deux évêques étaient souhaités d’encore plus haut ? Par le Vatican ? Considérant la pédophilie non comme un crime, mais comme un péché à régler au sein de l’Eglise ?

C’est ce qu’on peut retenir d’une autre affaire de pédophilie qui secoue les Etats-Unis jusqu’à la Maison Blanche et l’Eglise jusqu’au Vatican.

Traduction d’un article paru le 21 septembre 2005 dans le Corriere della Sera.

On ne peut poursuivre le pape en tant que Chef d’Etat.

Prêtres pédophiles - les USA ne poursuivent pas le pape. - Le vice-ministre de la Justice bloque l’enquête contre Benoît XVI pour le document « Crimen Sollicitationis »

ROME- La Cour du district du Texas ne s’est pas encore prononcée dans la procédure judiciaire civile contre le pape accusé de complot pour couvrir les harcèlements sexuels à l’encontre de trois jeunes par un séminariste : mais suite à l’intervention de l’Administration Bush, il est assez probable que la dénonciation soit repoussée.

Le Vice-Ministre de la Justice des USA, Peter Keisler, a en fait bloqué la procédure judiciaire en recourant à la dénommée "suggestion of immunity", une mesure légale qui, si elle est établie par la Cour Suprême, doit être obligatoirement acceptée par les tribunaux de grade inférieur.

Keisler a officiellement informé le tribunal que Benoît XVI jouit de l’immunité de chef d’Etat, en soulignant donc que entamer la procédure serait "incompatible avec les intérêts de la politique étrangère des Etats-Unis" qui, depuis 1984, ont noué des rapports diplomatiques avec le Saint Siège. L’Ambassade du Vatican à Washington avait elle-même demandé à l’Administration d’intervenir sur la base de la "immunity suggestion" et de clore l’affaire.

En août, Daniel J. Shea, l’avocat américain qui avait cité le pape en justice quand il était encore cardinal, était venu à Rome, à l’ invitation du Parti Radical ; à cette occasion, il avait souhaité que George W. Bush ne concède pas l’immunité diplomatique au Pape dans le cadre de la procédure - civile, non pénale - ouverte au Texas. L’inconfortable affaire avait en effet abouti sur la table du président des Etats-Unis.

Avec Joseph Ratzinger, dans la procédure ouverte en janvier 2005, est cité l’archevêque de Galveston, Monseigneur Joseph Fiorenza, et les prêtres Juan Carlos Patino Arango et Wiliam Pickard. Patino, colombien de naissance, est actuellement "latitante" (note : accusé en fuite), accusé par trois jeunes qui fréquentaient l’église de Saint François de Sales, à Houston : les harcèlements remonteraient à la moitié des années nonante, et contre le séminariste a été ouverte une procédure pénale.

Les accusations contre Ratzinger regardent par contre un document émis en 1962 par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi : un "enseignement" nommé "Crimen Sollicitationis", qui sanctionnait la compétence exclusive de la Congrégation sur quelques délits graves, définis par le Code du Droit Canon, comme "la violation du 6ième commandement (ne pas commettre d’actes impurs) par un membre du clergé sur un mineur de moins de 18 ans". Encadrement absurde, selon l’avocat Shea, vu qu’à la différence des autres délits (de la violation du sceau de la confession aux délits contre le sacrement eucharistique), la pédophilie "est un crime, pas un péché".

Selon le Vatican, le document "Crimen Sollicitationis" serait caduque, mais selon Shea, il n’en est rien : l’avocat avait cité une lettre du 18 mai 2001, qu’il est parvenu à se procurer, signée par Ratzinger et par l’archevêque Tarcisio Bertone, à l’époque secrétaire de l’ex Saint-Office, dans laquelle on parlait du document de 1962 "en vigueur jusqu’à aujourd’hui".

C’est sur la base de cette lettre que Shea avait accusé Ratzinger d’avoir "couvert" les harcèlements sexuels sur mineurs : "Ce document démontre l’existence d’une conspiration pour cacher ces crimes". Une accusation "individuelle, non liée à la fonction de Préfet de la Congrégation occupée par Ratzinger", selon Shea. L’avocat avait raconté que, dans un premier temps, Ratzinger n’avait pas répondu aux accusations. Mais quand le procès a démarré, les avocats du Cardinal - à ce moment, devenu Pape, le 19 avril dernier - avaient demandé au Gouvernement des Etats-Unis l’immunité réservée aux chefs d’Etat. L’implication de représentants de la hiérarchie catholique dans les enquêtes judiciaires sur la pédophilie n’est pas insolite, mais habituellement les procédures judiciaires ne peuvent pas être menées à bien parce qu’il était impossible de notifier aux accusés les documents légaux nécessaires : la plainte contre Ratzinger, par contre, a pu avancer parce qu’il a reçu personnellement l’acte d’accusation quand il était encore cardinal. En août, Shea avait déclaré qu’en cas de recours à l’immunité, il aurait mené bataille : en premier lieu, parce qu’à l’époque des faits contestés, Joseph Ratzinger était un simple cardinal, et ensuite parce que "reconnaître le Saint Siège comme un Etat serait une violation de la Constitution des Etats-Unis", en particulier de la "establishment clause", qui interdit des lois qui protègent d’une manière particulière des confessions ou organisations religieuses.

Lire aussi sur notre site L’enfant parmi nous - Déclaration des Evêques de Belgique

Sources :

Le Nouvel Observateur

Le Monde

et sur le site d’un comité suisse organisateur des JMJ, le document PDF "Prêtres pédophiles - Immunité papale contestée"

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