Version Imprimable de cet article

Espagne

La mondialisation n’est pas qu’affaire d’économie, de politique ou de communication !...

... C’est aussi un catalyseur de la criminalité organisée

12 septembre 2005 par Anne-Marie ROVIELLO - Rubrique:CRIME ORGANISE
La mondialisation et la « dérégulation » du marché, c’est-à-dire l’expansion mondiale d’un marché libéré toujours plus de ses propres règles en même temps que des contraintes que lui imposent les Etats de droit, a permis aux réseaux criminels de se mondialiser à leur tour et de s’implanter près de chez nous. En effet, selon Trends-Tendances (10/7/2005), l’Espagne pourrait bien être plus qu’un lieu de passage pour la criminalité internationalement organisée.



On apprend ainsi qu’en juin dernier, la police espagnole arrêtait les chefs d’un réseau international, un Britannique et deux Irlandais, sur la Costa del Sol, après avoir arraisonné en haute mer un chalutier chargé de cocaïne dont la valeur atteignait 331 millions d’euros.

Selon une estimation d’Interpol, La Costa del Sol héberge jusqu’à 18 000 criminels étrangers de 70 nationalités. Leurs pratiques louches vont du trafic d’armes à la prostitution et au blanchiment d’argent.

Collaboration du légal avec l’illégal

Outre la quantité de touristes, la Costa del Sol accueille aussi bon nombre d’expatriés. Les criminels se perdent sans problème dans la masse et peuvent ainsi poursuivre leurs activités sans être inquiétés par la police. « L’invisibilité et l’anonymat font partie du problème », déplore Per Stangeland, criminologue à l’université de Màlaga.

Pourquoi précisément la Costa del Sol ? C’est sa position géographique qui en a fait un point d’ancrage privilégié pour ces criminels. Située à 30 km du Maroc qui fournit la majeure partie du cannabis d’Europe, et tout près de Gibraltar, paradis fiscal propice au blanchiment d’argent sale, « la Costa del Sol est un carrefour » résume Letizia Paoli, experte en crime organisé au Max Planck Institut de Fribourg, en Allemagne.

(JPEG)

On assiste ainsi à un cas particulièrement florissant de collaboration efficace de l’illégal avec le légal, une de ces situations toujours plus fréquentes que Jean de Maillard a si bien analysées dans son « Le marché fait sa loi » [1].

Le crime et le tourisme se sont combinés pour apporter à la région une prospérité sans précédent. Et une industrie du bâtiment en plein boom a fourni un excellent moyen de blanchir l’argent sale. En clair, l’argent gagné à prostituer femmes et enfants, à assassiner des humains par la drogue et par les armes, profite aux ouvriers du coin qui retrouvent du boulot dans l’immobilier, et à toute la région.

Plus de 50 enlèvements et règlements de compte en 2004

Jusqu’à présent, les autorités ont souvent fermé les yeux, la politique locale a été contaminée. Ainsi, les règlementations en matière d’aménagement du territoire ont été contournées et en 10 ans, les surfaces bâties à Marbella ont augmenté de 2235 %.

Pourtant le crime organisé n’apporte pas que prospérité aux régions où il s’implante. On voit apparaître aujourd’hui, notamment avec les Européens de l’Est, des guerres de territoire dans les rues des stations balnéaires. Guerres qui coûtèrent la vie d’un petit garçon de 7 ans près d’un hôtel de Marbella en décembre dernier. Comme à Naples. Et comme en Sicile. On le sait, lorsque le crime organisé se mêle de faire des « affaires » dans l’immobilier, les constructions ne répondent pas aux règles de sécurité légales. Les conditions de travail non plus.

En 2004, selon l’unité politique chargée de lutter contre le crime organisé, plus de 50 enlèvements et règlements de compte ont été perpétrés par les organisations mafieuses internationales. « Les crimes violents les plus récents ont permis une prise de conscience sans précédent de la part du public », souligne l’ex-procureur Carlos Castresana.

Exaspération du public et pression internationale

Le cas de la Costa del Sol montre qu’en démocratie d’opinion, il est essentiel que la population soit informée, et qu’elle assume sa part de responsabilité face à cette expansion des organisations criminelles. En effet, c’est l’exaspération du public et la pression internationale qui ont conduit Madrid à hausser le ton. En mars dernier, la Costa del Sol a connu la plus vaste action de lutte contre le blanchiment de son histoire.

Selon un communiqué du parti espagnol Izquierda Unida, le réseau démantelé utilisait plus d’un millier de sociétés écrans afin de « recycler » des capitaux provenant de trafic de drogues et d’armes, prostitution, escroqueries et autres évasions fiscales. Le tout en lien notamment avec la Russie, le Canada et les Etats-Unis.

L’implantation mafieuse dans la région remonterait aux années soixante, lorsque le dictateur Franco ouvrait complaisamment les portes du pays aux groupes fascistes et de gangsters italiens. Ensuite se sont ajoutées les mafias turques, marseillaises et arabes, auxquelles sont venues se joindre ces dernières années celles de l’Europe centrale et orientale et du sud-est asiatique.

Des opérations comme celles-ci pourraient se multiplier. Le réseau démantelé « n’est que le sommet de l’iceberg », affirme le procureur général Càndido Conde-Pumpido.

Beaucoup d’autochtones dans le crime organisé sévissant sur le sol espagnol

On apprend encore par l’agence russe Novosti et un article de Juan Kobo que, selon le porte-parole du parquet espagnol, Javier Zaragoza, l’Espagne compterait 542 réseaux criminels ; ceux-ci regroupent des professionnels et utilisent meurtres, enlèvements et extorsions de fonds. Les Espagnols représenteraient près de la moitié des criminels, suivis des Roumains (dont le nombre a progressé de 24% en un an), des Colombiens et des Marocains.

Anne-Marie Roviello,
sur la base d’un article d’Ariane Petit, "La pègre s’épanouit au soleil espagnol", paru dans Trends-Tendances le 10 juillet 2005 (lequel renvoie à celui de William Underhill et Mike Elkin, à Madrid, publié par Newsweek International).

Observatoire Citoyen asbl
siège social: rue d'Ansuelle 21d
B 6150 Anderlues, Belgique
info@observatoirecitoyen.be
design © 2006 webage