Créé en 1992 par le psychiatre nord-américain Richard Gardner, le concept d’aliénation parentale tend à être utilisé actuellement à tort et à travers, avec des étiquetages abusifs et des conséquences parfois désastreuses pour l’enfant.
Cet article gagne à se lire en complément du texte intitulé "Garde alternée et autorité parentale conjointe".
Pr J.-Y. Hayez, Bruxelles ce 07/05/04
Les conflits peuvent demeurer très graves après la séparation du couple parental, au point que, parfois, l’enfant refuse obstinément et longuement de séjourner chez l’un de ses parents, celui chez qui il ne passe pas le principal de sa vie quotidienne : nous appellerons ce parent exclu de contacts, le parent refusé.
Les causes de cet état de fait sont multiples : pour ceux qui connaissent les statistiques, on peut évoquer une courbe de Gauss (c’est-à-dire une courbe en forme de cloche, dénombrant le plus grand nombre de cas dans la zone située autour de la moyenne et un nombre décroissant de cas au fur et à mesure que l’on s’en éloigne, que ce soit vers la région inférieure ou vers la région supérieure à cette moyenne, pour se rapporcher des pôles extrêmes).
A un extrême, c’est principalement ce parent refusé qui s’est trop longtemps montré et se montre peut-être toujours un repoussoir pour l’ enfant.
Au centre - et ce sont les situations les plus fréquentes -, la bataille fait toujours rage entre les parents, c’est un impitoyable bras de fer, pas toujours bruyant, mais très réel... L’enfant s’y associe plus ou moins activement ou alors, par prudence, il épouse apparemment le point de vue d’un des camps.
A l’autre extrême de la courbe en cloche, c’est le parent gardien du quotidien qui voue principalement une haine injustifiée à son ex-conjoint et monte ouvertement ou subtilement l’enfant contre ce denier. C’est alors - et alors seulement - que l’on peut parler d’aliénation parentale et désigner le parent gardien comme parent aliénant.
Dans ce cadre précis, Gardner et ses élèves ont donné d’excellentes descriptions du syndrome d’aliénation parentale, à une exception majeure près : ils font l’hypothèse que dans ce contexte précis, l’enfant n’est plus capable de penser personnellement et n’est donc plus qu’un robot conditionné ! Je m’inscris en faux contre cette idée exprimée de façon trop générale ; même quand sa pensée est conformiste, c’est toujours sa pensée qui s’exprime : à nous de comprendre le degré de liberté intérieure qui y préside et le contexte où il l’émet !
Dans le document attaché ci-dessous, je passe en revue ce que l’on pourrait faire dans toutes ces situations difficiles, et je discute des phénomènes corollaires comme les allégations d’abus sexuel et les enlèvements d’enfants.
Dans tous les cas de vraie aliénation parentale, il faut bien sûr mettre de l’énergie pour maintenir des contacts entre le parent refusé et l’enfant : il faudra le plus souvent, pour y réussir, engager de puissantes forces judiciaires et sociales. Je suis cependant sceptique sur l’efficacité réelle et même l’éthique de mesures prises à l’égard du parent aliénant, qui seraient de l’ordre de la violence. La mesure ultime, ici, est de déraciner l’enfant une nouvelle fois pour le confier au parent refusé ;elle ne devrait constituer qu’une mesure très bien réfléchie, en référence, non à des considérations légales générales, mais bien à l’intérêt de l’enfant concret dont il est question. On l’appliquera dans les cas où la toxicité du parent gardien actuel est claire : pensons par exemple à certains parents "aliénants" vivant seuls, psychotiques ou perpétuellement en revndication persécutive ; pensons aussi à ces enfants qui ont été brutalement arrachés à un parent qu’ils aimaient et qui les élevait bien,par l’autre parent, aveuglé par ses convictions religieuses ou culturelles...ou par son orgueil et par sa toute puissance, et qui devient tout de suite aliénant : c’est inacceptable !
L’article ci-joint intitulé "aliénation parentale" 04/02/05 expose ce point de vue de façon plus détaillée. On trouvera également un rapport québecois de synthèse sur les séparations parentales très difficles, fait par R et G Freeman.
A lire en complément : "Garde alternée et autorité parentale conjointe"
PS principalement adressé aux professionnels de la santé mentale : vous trouverez un autre texte attaché, très documenté, qui est le rapport de R et G Freeman sur toutes ces questions, rapport rédigé en 2004 à l’intention du gouvernement du Québec.
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