20 décembre 2004 Rubrique:DROIT DE L’ENFANT
Dans une déclaration de Noël publiée par La Libre Belgique le 20 décembre, les évêques de Belgique rappellent "qu’un enfant est une valeur en soi - un enfant, c’est sacré. Bien avant qu’il soit capable de parler le langage des adultes, le petit d’homme est une personne inviolable".
Revenant sur la prise d’otages et le massacre de Beslan, le 3 septembre dernier, le texte souligne "qu’aucune revendication politique ou autre ne peut justifier que soit versé le sang des petits (...)."
"Non seulement le petit d’homme est promesse d’avenir, mais il nous rappelle notre propre passé - le temps de l’innocence. Blesser l’enfance, c’est abîmer la part d’innocence qui reste à notre monde. Notre Eglise en est consciente, même si - jusque dans ses rangs - elle est confrontée avec des personnes qui ont commis l’irréparable. Notre pays en est également conscient. En automne 1996, nous étions nombreux à descendre en rue pour le rappeler par une marche blanche. Cette année, le procès Dutroux en a ravivé la douloureuse mémoire."
Préoccupés par "le refus de certains adultes de devenir père ou mère", les évêques rendent hommage à ceux - "quantités d’enseignants, de travailleurs sociaux, d’auxiliaires de justice et d’éducateurs" - qui "se dévouent pour instruire la jeunesse et épauler ceux qui vivent en décrochage", ainsi qu’aux "organisations non gouvernementales et communautés de diverses inspirations philosophiques ou religieuses, [qui] luttent pour l’abolition de l’esclavage économique ou militaire des petits, combattent l’exploitation sexuelle des mineurs d’âge et militent pour améliorer le sort de l’enfance handicapée et négligée".
Et les évêques de poursuivre : "Trop souvent, les lois aveugles du profit agressent l’enfance". Ils dénoncent le "marketing assidu", source de difficultés budgétaires pour les parents et d’un esprit de compétition stérile parmi les jeunes.
Pour les évêques, il ne faut pas glisser des droits de l’enfant au "droit à l’enfant", qui fait de l’enfant un objet de consommation : "en poursuivant pareille logique, on devrait pouvoir un jour « s’acheter son gosse », en veillant à sélectionner à l’aide de notre expertise en génétique son sexe, son caractère et la couleur des cheveux ou des yeux." [1]
Suit un plaidoyer pour le "droit [qu’ont les enfants] de grandir au sein d’une famille équilibrée, stable et aimante, avec un père et une mère [qui] leur consacrent du temps et de l’attention" et leur offrent "une éducation qui laisse place à des valeurs religieuses ou spirituelles dignes de ce nom, afin de ne pas grandir sans repères humains et éthiques". "A quoi cela sert-il, s’interrogent encore les évêques, de veiller à ce que son enfant maîtrise cinq langues étrangères et autant de programmes informatiques, si on néglige de l’initier à l’alphabet spirituel qui lui servira de boussole tout au long de sa vie ?"
Relevant que "celui qui n’écoute pas son enfant intérieur devient un être cynique et se coupe d’une source profonde de bonheur", les évêques de Belgique concluent en souhaitant, "à tous sans exceptions - aux enfants comme aux grands -" (...) de vivre ce Noël sous le signe de l’enfance authentique".
NDLR - Organisation pluraliste sur les plans politique et philosophique, l’Observatoire citoyen publie cette brève dans la mesure où sur certains points, cette déclaration épiscopale recoupe des priorités du travail qu’il s’est assignées. Rares sont les institutions et les pouvoirs de notre société prêts à tenir aujourd’hui, sur la Marche blanche, un discours positif. La reconnaissance par l’Eglise du problème du viol d’enfants par des prêtres est aussi un acte important. Sur d’autres points, nous divergeons : il ne nous semble par exemple pas que "le refus de certains adultes de devenir père ou mère" soit "un des symptômes les plus forts" de ce que "nous vivons dans un monde dur", dans une "société [qui] risque de devenir stérile et de perdre l’espérance". Ne peut-on faire le choix de ne pas avoir d’enfant tout en étant profondément imprégné des valeurs de dévouement et de solidarité que louent les évêques de Belgique ?
[1] Sur l’adoption et les risques de dérive vers le "droit à l’enfant", cfr Adoption : l’intérêt et l’avis de l’enfant priment, rappelle la Cour des Droits de l’Homme.
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