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Débat
Implanter une puce aux pédophiles ?
Un article de Thierry Denoël, publié dans l’hebdomadaire « Le Vif / L’Express » du 28 juillet 2006
1er août 2006
Rubrique:DROIT DES VICTIMES
L’assassinat de Stacy Lemmens (7 ans) et de Nathalie Mahy (10 ans) a fait replonger la Belgique dans l’horreur. Comment éviter ce genre de drame ? Comment traiter les délinquants sexuels ? Et, surtout, comment les surveiller ? Le sénateur MR Jacques Brotchi, dont on connaît la carrière de neurologue, a déposé, le 10 juillet, une proposition de loi visant, entre autres, à rendre possible le recours à un dispositif de surveillance électronique pour certains criminels sexuels lorsqu’ils sortent de prison. En clair, il s’agirait d’implanter une puce émettrice dans le corps de ceux-ci pour pouvoir les localiser à tout moment. Cette initiative suscite, on s’en doute, la controverse.

« Les implants sont efficaces et discrets »

Jacques Brotchi, sénateur MR

Suite aux crimes affreux perpétrés contre les petites Stacy et Nathalie, j’ai proposé, entre autres mesures, un système de surveillance électronique pour éviter que les délinquants sexuels graves ne récidivent. Des rapts d’enfants par des pédophiles, il y en aura encore... Une étude canadienne a démontré que la rapidité d’intervention au cours d’une enquête sur l’enlèvement d’un enfant à des fins sexuelles est déterminante : parmi les victimes qui ont été assassinées, 44 % étaient mortes dans un délai d’une heure après l’enlèvement, 74 % dans un délai de trois heures et 91 % endéans les vingt-quatre heures. Lorsqu’un enfant est enlevé, il est donc primordial de connaître, dans les minutes qui suivent, la localisation de tous les délinquants sexuels se trouvant dans le secteur géographique de la disparition. Seul un système de localisation électronique permet d’atteindre un niveau d’efficacité optimal.

Le système des implants électroniques, aujourd’hui de la taille d’un grain de riz, paraît être le plus sophistiqué, le plus sûr et, en même temps, le plus discret pour ne pas entraver la réinsertion sociale des personnes concernées. Sur le plan technique, ces puces, aujourd’hui, se cantonnent essentiellement à une fonction de lecture : pouvant contenir des données médicales, elles sont utiles, par exemple, aux personnes qui ont des problèmes de santé importants et peuvent à tout moment être hospitalisées en urgence. Mais la recherche avance à grands pas dans ce domaine. D’ici à six mois, une société américaine devrait commercialiser un implant contenant une balise GPS mais aussi un système GSM, donc localisable en temps réel dans la plupart des points de la planète. Ces implants connaîtront des développements dans le domaine de la santé et dans celui de la sécurité. Vu les événements qui ont secoué la Belgique, il est urgent de prendre des mesures draconiennes de surveillance pour protéger les enfants.

J’ai conscience des enjeux hautement éthiques de ma proposition. En tant que neurochirurgien, j’ai été confronté à de nombreux débats éthiques dans ma carrière professionnelle, entre autres en matière d’implantation de cellules souches désormais acceptée par tous. Il n’est évidemment pas question d’implanter des puces n’importe comment sur n’importe qui. Le système que je propose doit être encadré, dans le strict respect des droits de l’homme. Mon projet de loi prévoit de mettre en place une commission d’avis en matière de suivi des auteurs de délits sexuels graves. Cette commission, composée notamment de médecins, de psychiatres et de psychologues spécialisés, rendrait un avis aux juridictions compétentes sur la nécessité de surveiller électroniquement l’agresseur sexuel, une fois libéré. En outre, les informations disponibles grâce à ce système se limiteraient à l’identité civile de la personne et à sa localisation géographique. Ces informations ne seraient accessibles qu’aux autorités judiciaires compétentes.

« Le pire des mondes »

Pour le Collectif de résistance à la puce (www.stoppuce.be), Françoise Gilboux, ex-assistante sociale en CPAS, et Marie-Rose Cavalier, ex-députée wallonne (Ecolo)

Si horribles et si insupportables que soient les crimes qui nous ont bouleversés récemment, il est primordial de ne pas prendre, sous le coup de l’émotion, des mesures aussi lourdes de conséquences que celle proposée par M. Brotchi. Il ne s’agit nullement d’avoir pitié des violeurs et des criminels. Mais la peur des parents, et de la société en général, risque de servir, in fine, d’autres buts que la protection. Nous devons aux générations futures de voir plus loin que notre émoi et d’examiner le contexte réel, à savoir les enjeux commerciaux et autres, du développement des implants électroniques. Notre civilisation essoufflée est confrontée à des problèmes qu’elle a elle-même engendrés. Au lieu de les traiter à la racine de sa fausse vision matérialiste, elle espère de manière illusoire les résoudre en en créant d’autres plus graves encore.

Alors même qu’une étude (Réflexe) financée par l’Union européenne a conclu aux risques de ces puces pour la santé, notamment des risques de cassure de l’ADN ( !), les implants électroniques sont en passe de tout envahir. En octobre 2004, aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) a autorisé la pose d’implants électroniques sous-cutanés aux humains. Des firmes américaines font désormais pression pour faire adopter ces implants par les malades dans les hôpitaux, par les travailleurs pour avoir accès aux bâtiments et même par certains immigrés pour mieux les contrôler. Aujourd’hui déjà, la surveillance électronique s’insinue partout : cartes d’identité ou passeports électroniques, bracelets pour nourrissons, pour malades, pour personnes âgées, pour délinquants... On habitue ainsi la population à sa laisse électronique. Sous couvert de sécurité et de santé, certains fabricants rêvent de « pucer » l’humanité entière !

Il existe plusieurs types d’implants sous-cutanés, déjà opérationnels ou en passe de l’être : la puce à lecture seule, utilisable pour identifier une personne, la puce à lecture/écriture, programmable à distance pour des données médicales, financières ou judiciaires, la puce GPS, permettant une localisation partout dans le monde. Le pas suivant des implants cérébraux, déjà testés sur des animaux et des handicapés, permettant un mariage contre nature entre l’humain et la machine. Ces applications, de plus en plus miniaturisées grâce aux nanotechnologies, sont souvent présentées comme un progrès obligé. Or il n’y a rien d’inéluctable là-dedans. Il s’agit plutôt de la volonté d’une minorité de faire du profit tout en contrôlant la majorité d’entre nous. Après l’animal, le pédophile - et demain, l’immigré - pourrait bien devenir le cobaye idéal pour ceux qui veulent construire une humanité plus effrayante encore que celle décrite par Aldous Huxley dans Le Meilleur des mondes. Nous avons le pied à l’étrier d’un cheval fou. Le pire serait encore qu’il ne se trouve déjà presque plus personne pour comprendre l’horreur de la situation.

Reproduction avec l’aimable autorisation de Thierry Denoël.

Source photo : www.houstin.info/mods/blog/categorie-technologie

A lire aussi sur le site de « Victimes en Série », l’interview de Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série : « Il faut enfermer définitivement les prédateurs sexuels ». Cette interview a été réalisée par le journaliste Olivier Mukuna et publiée dans l’hebdomadaire Ciné-Télé-Revue du 20 juillet 2006.

Proposition de loi - Brotchi - Délinquants sexuels

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