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Contre la douleur, mais aussi contre le temps...
Le combat du père de Jeanne-Marie Desramault (84 ans) : "IIs attendent que je ne sois plus là"
Monsieur Desramault attend le procès des Fourniret. En raison des règles françaises de prescription, il n’abordera peut-être pas l’assassinat de sa fille.
5 octobre 2005
Rubrique:DROIT DES VICTIMES

Il y a quelques jours, l’Observatoire citoyen et "Victimes en série" diffusaient à la presse la lettre adressée par Marie-Noëlle Bouzet au Parquet Général de Reims, à la suite de l’annonce du report du procès Fourniret en 2007.

Dans cette lettre, la maman d’Elizabeth décrivait en termes forts et justes ce que peut avoir de torturant, d’intolérable l’attente d’un procès que des problèmes de procédure et... de locaux semblent encore devoir retarder.



Nul doute qu’en s’adressant de façon aussi vigoureuse au pouvoir judiciaire français, Marie-Noëlle Bouzet parlait aussi au nom d’un autre parent de victime, Monsieur Desramault - qu’elle cite d’aileurs nommément.

Il nous paraît utile de mettre aujourd’hui en ligne le témoignage de ce père accablé. Il a été recueilli voici quelques mois (début 2005) par le journaliste José Dessart, pour le documentaire "Victimes en série" diffusé par la RTBF (télévision belge de service public). En voici la retranscription.

Les Fourniret connaissaient bien la région de Sedan et de Charleville-Mézières. Ils habitaient une sorte de taudis dans le petit village de Floing. Mais en 1989, ils achètent dans cette même région le château du Sautou, pour 223000 € payés cash.

Cette année-là, le 18 mars 1989, Jeanne-Marie Desramault, 21 ans, disparaissait devant la gare de Charleville-Mézières...

Selon les aveux du couple Fourniret, ils auraient piégé la jeune fille qu’ils avaient déjà rencontrée dans le train quelques jours auparavant en lui proposant de la reconduire chez elle en voiture. A Béthune, près de Lille, où l’attendaient ses parents, on ne l’a jamais plus revue. Sa mère est morte, usée par la douleur et l’ignorance de ce qui était arrivé à sa fille. Son père, ayant constaté que le dossier avait été classé en 1991, s’est peu à peu refermé dans la solitude et le chagrin.

Papa de Jeanne-Marie :

Maintenant, ma vie est brisée, Monsieur. On ne peut pas dire autrement, vous savez... C’est dur, très dur pour moi... Voilà ... C’est pour ça que toutes les après-midi, je m’en vais faire un petit tour ... Parce que, vraiment, être enfermé une journée, c’est trop dur... Je pense de trop ...

Question : Vous n’avez pas eu de contact avec les autorités judiciaires ?

Si bien sûr... Mais ça dure un moment et puis après... (geste de la main) terminé... Ils ont tout lâché...

Q. : Elle était à Charleville-Mézières pour poursuivre ses études ?

Oui, parce qu’ici, il n’y a pas d’école pour le droit, vous comprenez ? A Charleville-Mézières, il y avait une école et puis elle savait où loger. C’est ça qu’il y a. Elle savait où aller et loger, ici à Béthune, il n’y a pas ça.

Q. : Et, elle logeait dans un couvent ?

Oui, chez les sœurs ... Elle suivait son chemin droit, comme toutes les personnes qui l’ont dit. Elle était sérieuse, elle ne courait pas les rues. Elle ne voyait que ses études. Mais, les sœurs le disent elles-mêmes, elle savait rendre service.

Q. : Et un week-end, elle n’est pas revenue ?

(Signe « non » de la tête)... Je ne le souhaite à personne... Je ne le souhaite à personne... Maintenant, ce que je demande, c’est que le procès soit fait le plus rapidement possible... Il mérite la peine de mort.

Q. : Vous avez peur que le procès ne se fasse pas suffisamment rapidement ?

Exactement... Je crois qu’ils attendent que je ne sois plus là... J’ai 84 ans, moi... Alors si ils font ça dans 5 ans, moi je ne serai plus là. [1]

(Mis en ligne en octobre 2005)

[1] NDLR - A la lecture de ce témoignage poignant, force nous est de nous souvenir qu’un accusé en fin de vie bénéficiera de mesures exceptionnelles quant à son procès - ces mesures pouvant aller jusqu’à la grâce. Il en est de même des personnes détenues : si le diagnostic de fin de vie ne fait malheureusement plus aucun doute, elles peuvent, par mesure humanitaire exceptionnelle, terminer leurs jours dans un hôpital hors de la prison ou même chez elles, parmi les leurs.

Ce sont évidemment de saines mesures.

Mais qu’en est-il d’une victime - ou d’un parent de victime - en fin de vie ? Veille-t-on à lui épargner les ultimes tourments d’un procès, en le lui rendant le moins insupportable possible ? Envisage-t-on, là où la procédure le permettrait, d’accélérer tout processus judiciaire susceptible de soulager cette personne ?

A la lumière de ces réflexions, comment de bas problèmes de logistique peuvent-ils justifier qu’on laisse le doute, l’anxiété et la souffrance ronger un peu plus longtemps encore les survivants de ces drames vieux déjà de plus de 10, voire de 15 ans ?


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