Au fil des audiences (procès "Zicot, Dutroux et consorts")
Voici le deuxième des trois chapitres de notre compte rendu de l’audience de ce 12 avril au tribunal correctionnel de Nivelles.
Nous en sommes toujours à la suite de l’exposé, par Monsieur Desmette, le Président du tribunal, des préventions retenues contre les inculpés au terme de cette longue enquête.
Nous venons de l’entendre relater l’affaire Dohy et ce qui est reproché à Georges Zicot dans ce contexte : avoir traité une affaire à l’insu de ses supérieurs, n’avoir pas exécuté des devoirs demandés par un magistrat et, surtout, avoir rédigé des PV mensongers en faveur de Dohy, un indic déjà condamné pour gravissimes faits de violence sexuelle et accusé d’avoir recommis des méfaits du même type.
Ici, le Président va détailler un autre volet, qui a fait l’objet d’une enquête initiée à Neufchâteau, puis poursuivie à Nivelles. En cause, un vol de camion qui a dégénéré en règlement de compte étonnamment dur.
Informé par l’indicateur Pinon, Georges Zicot aurait alors pu arrêter Dutroux. L’enquête a prouvé qu’à ce moment-là, Julie et Mélissa étaient peut-être encore en vie, sous le contrôle de ce chef d’association de malfaiteurs.
En dépit de la peur panique exprimée par son indicateur Pinon, Zicot n’est pas passé à l’action contre Marc Dutroux. Pourquoi ? Pour qui ?
Ici encore, il est question de faux et d’usage de faux dans l’exercice de la fonction de policier, ainsi que d’escroquerie.
Prévention A [1] : Pierre Rochow et Philippe Divers, à Braine-l’Alleud entre le 23 et le 25 septembre 2005, pour le vol qualifié d’un camion de marque Iveco au préjudice de Fabricom et de câbles.
Prévention B : Zicot, Dutroux, Pinon, pour le recel du camion et des cables.
Préventions C1 et C2 : Zicot, à Charleroi, le 30 octobre 1995, étant officier public, pour faux et usage de faux commis pour éviter à la Royale Belge d’indemniser le préjudicié Fabricom et permettre à Pinon de toucher une prime de 150.000 francs. C1 pour avoir établi un procès-verbal avec « auteurs inconnus » alors qu’il étaient connus et citant Ransart comme lieu de découverte du camion alors qu’il s’agissait du hangar de Pinon à Lodelinsart. C2 pour le réquisitoire de dépannage à Ransart au lieu de Lodelinsart. Prévention E2 : Zicot, Pinon, à Charleroi le 8 décembre 1995, escroquerie de 150.000 francs au préjudice de la Royale Belge. |
Le Président Desmette entreprend le rappel de cette affaire de camion volé. Dans la nuit du 24 septembre 1995, Bernard Weinstein, Pierre Rochow et Philippe Divers volent à Braine-l’Alleud un camion Iveco équipé d’une grue et s’en servent pour aller voler deux bobines de câbles qu’ils avaient l’intention de détailler pour en revendre le cuivre.
Le camion est caché à Lodelinsart, dans un hangar de Gérard Pinon, qui est un informateur occasionnel de Georges Zicot. Pinon loue le hangar 10.000 francs belges (NDLR : 248 €) par mois à Dutroux, qui le sous-loue 20.000 francs (495 €) par mois à Weinstein.
Pinon prévient Zicot de la présence du camion. Ce dernier demande à Pinon de le prévenir quand le camion bougera. Le 30 octobre 1995, le camion n’a toujours pas bougé et le délai d’un mois, déjà prolongé, après lequel la compagnie d’assurances va devoir indemniser le préjudicié Fabricom, est écoulé.
Zicot décide de sortir le camion du hangar, mais le contacteur s’avère dégradé, probablement trafiqué par Weinstein. Zicot revient avec le dépanneur Descendre qui, en sortant le camion, déscelle le linteau de la porte du garage. Le camion était en effet trop haut pour cette porte et les pneus avaient été dégonflés par les voleurs pour pouvoir entrer. Le camion est conduit dans l’entrepôt de Descendre.
Le lendemain, le labo de la PJ vient y vérifier traces et empreintes. Agissant pour le compte de la Royale Belge, Thierry de Haan verse 150.000 francs pour indemnisation des dégâts du hangar. Pinon reconnaît qu’il s’agit d’une récompense car les réparations ont été très sommaires, et d’ailleurs effectuées par Dutroux, Weinstein et Lelièvre.
Il est reproché à Zicot d’avoir rédigé un faux procès-verbal mentionnant Ransart comme lieu de découverte du camion au lieu du garage de Pinon à Lodelinsart. En outre, dans ce PV, ZICOT tait les noms des auteurs. Or, sur plusieurs documents découverts lors de perquisitions du bureau de Zicot, figurent des mentions manuscrites relatives aux coordonnées de Weinstein, Dutroux, Rochow et Divers.
Zicot dit que ces renseignements lui ont été communiqués plus tôt, mais le fax qui comporte à son dos l’immatriculation de la voiture de Divers est daté du 29 octobre 1995. De plus, Zicot annonce à de Haan que des empreintes ont été relevées sur le camion alors que rien ne figure sur le procès-verbal du labo.
Dutroux reconnaît le vol des bobines de cuivre avec Weinstein et Rochow. Rochow déclare qu’après l’enlèvement du camion par Zicot, Dutroux était convaincu que Divers l’avait volé.
Dans la nuit du 4 au 5 novembre 1995, Dutroux et Weinstein séquestrent Rochow, Divers et Bénédicte Jadot. Cette dernière s’échappe et parvient à alerter la police.
Pendant ce temps, Dutroux et Weinstein vont à l’appartement de Rochow et Jadot à Waterloo et volent les Peugeot 205 et VW Passat de Rochow et Divers. Dutroux restituera plus tard ces véhicules, demandant en échange le silence de Rochow et Divers sur la séquestration. Ces véhicules seront envoyés à la casse parce qu’ils avaient été volés et maquillés par Rochow et Weinstein.
Zicot nie que Pinon lui ait parlé de Divers, Rochow, Dutroux et Weinstein, alors que ces noms sont repris sur les documents saisis et que Dutroux occupait le hangar.
Zicot nie également que Pinon lui ait parlé de l’affaire de la séquestration. Il confirme que Pinon lui a dit qu’il y avait deux équipes, deux bandes en conflit, dont l’une allait léser l’autre en abandonnant le camion sur un parking. Zicot dit aussi que Pinon paniquait beaucoup avant l’arrestation de Dutroux. Zicot n’a pas pu s’occuper des poursuites parce qu’il a été muté le 12 décembre 1995 à la section « crimes » de la police judiciaire.
On peut se demander , poursuit le Président, pourquoi il n’a pas transmis ce dossier, comme il l’a fait pour d’autres, aux collègues qui lui succédaient. Le note de service qui officialise le transfert de Zicot date du 12 décembre, mais Zicot reconnaît qu’il en a été averti plus tôt, verbalement, afin d’avoir le temps de mettre ses affaires en ordre.
Le commissaire André Vanderhaegen, chef de Zicot, a confirmé qu’il ne fallait pas traîner dans ce dossier, car il fallait restituer le camion à son propriétaire. Il a déclaré qu’il n’était pas au courant de la présence du camion dans le hangar, sinon il aurait demandé des explications. Zicot lui a dit qu’il n’était pas possible de prendre les voleurs en flagrant délit.
A suivre...
[1] Cette nomenclature des préventions est reprise de la citation à comparaître. Celle-ci dissèque avec beaucoup de précisions chaque fait poursuivi au pénal pendant l’enquête et retenu pour le procès. La citation relie également chaque inculpé aux préventions sur lesquelles il est appelé à s’expliquer avant d’être jugé.
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