Nous avons décrit le phénomène de la mendicité des enfants dans la première partie de cet article.
Pour certaines familles sans ressources, la mendicité est la seule option de survie. Contraints (parce qu’il ne voient pas à qui les confier) ou délibérément (pour apitoyer), les membres de ces familles emmènent leurs petits avec eux.
La mendicité d’autres familles s’inscrit, elle, dans des pratiques de traite et d’exploitation des êtres humains : les enfants sont utilisés pour rapporter de l’argent à leurs exploiteurs. Les enfants ont parfois été arrachés à leur famille, si pas vendus par elle.
Entre ces deux extrêmes, bien des situations intermédiaires. Mais dans tous les cas, de profonds dégâts pour ces enfants, notamment sur le plan psychologique.
D’où les quelques recommandations qui suivent.
Avant de faire ces recommandations, ne faut-il pas rappeler d’abord que la réponse la plus radicale à ces misères, c’est de créer un monde plus juste, où les ressources soient équitablement partagées et donc, où la nécessité de mendier disparaisse ?
Certes, cet objectif est ample et implique le très long terme, mais ce n’est pas une raison pour qu’il reste théorique : à chacun de retrousser ses manches là où il est !
En particulier, dans la première catégorie de situations que nous avons évoquées, celle de familles en difficultés, nous pourrions tout de suite faire preuve à leur égard d’une sollicitude intelligente, qui intègre leurs dimensions culturelles spécifiques, et n’implique évidemment pas ipso facto des séparations parents - enfants : c’est plutôt de crèches et d’écoles maternelles adaptées dont on a besoin, et d’un dialogue patient et sans menaces pour que les parents - par ailleurs mieux aidés - acceptent d’y confier leurs enfants, le temps qu’eux travaillent.
Mais il ne faut pas être angéliques : les réseaux de traite et d’exploitation existent partout, et on ne sait pas très bien à partir d’où ils commencent. Il faut donc mettre en place une réaction sociale globale. Qui, aux dires des spécialistes, intégrerait les exigences suivantes.
• Mieux sensibiliser l’opinion publique ; la faire réfléchir à la non-acceptabilité d’une position « d’indifférence apitoyée ». Nous ne pouvons pas créer un système de valeurs avec des enfants à deux vitesses : ceux que nos Etats de droit protègent parce qu’ils nous ressemblent, et les autres !
• Si nécessaire, faire sortir le monde politique, judiciaire ou/et policier d’une certaine inertie. Trop d’acteurs (mais pas tous) réagissent à ce phénomène comme si c’était un problème anodin et peu traumatisant. Le principe de prudence et la présomption de dangerosité devraient fonctionner de façon impérative ; les risques d’implication des enfants dans des réseaux de traite - exploitation sont élevés.
• Créer dans les Parquets des cellules « traite - exploitation - protection » des enfants, qui soient multidisciplinaires (magistrats, policiers, services sociaux urbains, ONG compétentes, etc. ...).
• Ces cellules doivent disposer d’excellents moyens de dépistage (diagnostic de la filiation, de la maltraitance, des liens familiaux nationaux et internationaux, connexions entre polices nationales et internationales, etc.). Il faut aussi disposer d’endroits - et de statuts - de séjour stables et sécurisés pour les enfants qui pourraient être en danger.
• Il faut une tolérance zéro, des investigations énergiques et des peines sévères pour les trafiquants arrêtés. Le démantèlement de ce type de réseaux doit constituer une priorité nationale et internationale.
• Il faut enfin interdire, effectivement et sans concessions, la présence dans les rues d’enfants associés de quelque manière que ce soit à la mendicité sous toutes ses formes. Mais en couplant cette interdiction à une aide sociale immédiate s’il y a des détresses familiales associées. Et à la prise en charge lucide et multidisciplinaire précitée (avec sa composante policière) afin de ne passer en aucun cas à côté de l’essentiel, à savoir l’intérêt supérieur de l’enfant et la défense intégrale de ses droits.
N.B. : Ce texte et celui auquel il fait suite ont été rédigés par Jean-Yves Hayez, psychiatre infanto-juvénile, et Lorne Walters, chercheur indépendant bruxellois qui a fait de la lutte contre la mendicité infantile une de ses grandes priorités. Vous trouverez un autre texte de Lorne Walters, encore davantage centré sur la traite et l’exploitation des êtres humains, en document attaché à la première partie de l’article.
Dr. B. SCHARLOWSKI, S. PARATA, "How trafficked children are exploited in Europe", Co-ordination International Campaign against Child Trafficking, International Federation Terre des Hommes, EU Forum on the prevention of organised crime, European Commission, D.G. Justice and Home Affaires, Brussels, 26th of May 2004 (9 pages).
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M. DOTTRIDGE, « Kids as Commodities ? Child Trafficking and What to Do About It” , Oak Foundation (Genève) International Federation Terre des Hommes (Lausanne/Germany), May 2004 (98 pages) - www.stopchildtrafficking.org et www.terredeshommes.org
E. BRIOT, « Mineurs isolés étrangers en danger », Université d’Evry Val d’Essonne (Paris), septembre 2004 (89 pages)
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H. DE PAUW, « La disparition de mineurs non accompagnés et de mineurs victimes de la traite des êtres humains », Child Focus, Belgique, avril 2002 (103 pages).| Observatoire Citoyen asbl siège social: rue d'Ansuelle 21d B 6150 Anderlues, Belgique info@observatoirecitoyen.be |
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