Selon la police criminelle allemande (le BKA, cité par le quotidien Sueddeutsche Zeitung du 15/1/2005), des réseaux mafieux de l’Est ont pu détourner des milliers de visas touristiques délivrés par des ambassades allemandes.
Le monde politique allemand s’en remet à une commission parlementaire d’enquête. Son mandat : faire la clarté sur cette affaire et proposer des pistes pour éviter qu’elle se reproduise.
Pendant plus de deux ans, la criminalité organisée aurait fait entrer illégalement dans l’espace Schengen [1] des travailleurs clandestins munis de visas touristiques.
Les gens qui passent en fraude pour commettre des infractions au sens fort du terme (voler, blanchir de l’argent sale, faire passer des armes, de la drogue, des femmes ou des enfants destinés au marché du sexe...) sont minoritaires par rapport à ceux qui franchissent la frontière pour venir travailler (c’est-à-dire pour se faire exploiter). C’est sur les organisateurs de filières et sur les criminels qui les utilisent, ainsi que sur les fonctionnaires qui les aident, que devrait se focaliser la répression - pas sur leurs victimes.
La commission d’enquête mise sur pied au sein du parlement allemand s’intéressera particulièrement aux pratiques des consulats d’Allemagne à Moscou, Kiev, Tirana et Pristina en matière de délivrance de visas. Au cours de l’année 2001, par exemple, 400 000 visas suspects auraient été octroyés à Kiev. A partir de mars 2000, des chiffres comme celui-là ont pu résulter de critères légaux assouplis, mais ce facteur n’explique probablement pas, à lui seul, une augmentation statistique aussi importante.
Plusieurs collaborateurs des représentations allemandes à Kiev et Tirana ont d’ailleurs été démis de leurs fonctions récemment et le ministère des Affaires étrangères a promis une coopération constructive avec le Bundestag [2].
Cette attitude tranche remarquablement avec l’appréhension belge de problèmes similaires.
Premier secrétaire de notre ambassade à Sofia, Mme Myrianne Coen a informé sa hiérarchie (le ministère des Affaires étrangères, à Bruxelles) de pratiques illégales qui y avaient cours, notamment en matière de visas. Ces détournements avaient lieu au profit de la criminalité organisée active dans la région. Déposées il y a plusieurs années, ses plaintes lui ont valu une descente aux enfers professionnelle dont elle n’est pas encore tout à fait sortie. A notre connaissance, les personnes soupçonnées d’avoir trempé dans ces agissements poursuivent, elles, une carrière diplomatique san encombre. Cinq juges d’instruction se sont succédés à la tête de cette enquête, qui semble progresser très péniblement.
Parallèlement, bien que le Centre pour l’égalité des chances ait encore exprimé, en 2001, sa préoccupation vis-à-vis de ce type de fraudes, une sous-commission d’enquête sénatoriale qui avait à peine commencé à plancher sur l’ensemble de ces problèmes a été arrêtée net et dissoute par la majorité MR-PS-ECOLO lors de la législature 1999-2003.
Autres lieux, autres moeurs ?
D’après les services de renseignements extérieurs allemands (BND), la traite des êtres humains génère un chiffre d’affaires de près de cinq milliards d’euros en Europe.
Vincent Decroly
Le 11 février 2005, Myrianne Coen et Vincenzo Macri (Substitut du Procureur national anti-mafia en Italie) donneront une conférence à l’ULB. Thème de leur communication : "Crime organisé et terrorisme. L’axe du chaos".
A lire aussi : "La Sûreté de l’Etat a raté la fraude aux visas - Articles de la presse flamande" : "Le Comité R propose un screening en profondeur des diplomates" (De Tijd, 17 juin 2004) et "La Sûreté de l’Etat a fermé les yeux sur la fraude de visas par des diplomates à Sofia" (Gazet van Antwerpen, 17 juin 2004)...
[1] L’espace Schengen réunit les territoire de la plupart des pays membres de l’Union européenne, nouveaux arrivants exceptés.
[2] Le Bundestag est l’une des deux chambres du parlement allemand.
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