En marge du procès.
Herwig LEROUGE évoque d’abord une phrase importante qui, dit-il, assure le recadrage nécessaire de toute l’affaire. C’est la phrase prononcée par GINO RUSSO, lors de son intervention avec CARINE sur RTL-TVI, dans l’émission CONTROVERSE du 31 mai 2004 :
"Il n’y a pas d’un côté les croyants et de l’autre les incroyants, il y a ceux qui défendent les enfants, et ceux qui défendent les institutions".
Puis il aborde le cas Nihoul en évoquant les débats du procès auquel il vient d’assister.
Herwig LEROUGE : NIHOUL, c’est un fait - et nous l’avons exposé dans notre livre -, était effectivement impliqué dans les années 80 et 90, à Bruxelles, dans un milieu où la frontière entre la politique, la criminalité organisée, la prostitution , et même, dans certains cas, la pédocriminalité n’était pas très claire. Un certain nombre de personnes ont constaté que NIHOUL pouvait être impliqué dans cette affaire DUTROUX et ont décidé de faire tout ce qu’il était possible de faire pour que NIHOUL soit sorti de la bande à DUTROUX, et qu’il ne passe pas devant la cour d’assises, malgré des soupçons et de sérieux indices. Et c’est, à mon avis, une des raisons qui fait que cette enquête a été caviardée de façon telle qu’on n’a pas de réponses à la plupart des questions [1].
Il est inimaginable par exemple - c’est une des choses qui m’a révolté -, de présenter le personnage de NIHOUL comme un homme d’affaires qui n’était pas très fort en comptabilité, qui faisait des faillites mais qui n’en pouvait rien, c’était plus fort que lui. C’est un homme dynamique et entreprenant, mais bon, il ne savait pas bien tenir ses livres... et il ne gérait pas bien ses affaires. On a dit de lui : "un bon commercial mais un mauvais gestionnaire".
Mais NIHOUL c’est quand même l’ami de grands criminels, comme HAEMERS, père et fils, Jean BULTOT, ancien directeur de la prison de Saint-Gilles, qui s’est enfui en Amérique latine, puis en Afrique du Sud à la suite des tueries du Brabant wallon, dans lesquelles on le soupçonne fort d’être impliqué.
NIHOUL est l’ami également d’un truand français qui a même investi dans son entreprise de poisson, et qui est un assassin (voir, dans notre rubrique "Au fil des audiences" "Nihoul et les truands", "Nihoul entre association de malfaiteurs et organisation criminelle", "Nihoul, Lelièvre, Dutroux : mode d’emploi du mensonge !", "Qui faut-il croire ? Que faut-il croire ? (2)", "Qui faut-il croire ? Que faut-il croire ? (1)", "Le jour « creux » de Michel Nihoul").
NIHOUL était impliqué dans la mafia du poisson et dans du trafic de drogue ; et c’est un homme qui a réussi - ça a été dit au procès - à claquer 23 millions de francs belges sur trois ans de temps, en puisant dans ses sociétés qui ont fait faillites. Puis il n’avait plus rien. Oui, peut-être que NIHOUL, désargenté à ce moment-là, a pensé que la bande à DUTROUX lui offrait des perspectives financières intéressantes. On a dit, aussi bien à la commission parlementaire qu’au procès, à Arlon, qu’il était passé d’un milieu bruxellois, avec ses bonnes relations et des possibilités de faire du fric, mais où il était brûlé, à un milieu provincial de petit banditisme, en se rabattant sur des gens comme DUTROUX, en passant par Hastière, Casper FLIER et LELIEVRE et le milieu carolorégien.
Mais on n’a pas bien exploré ce volet. Plus de six enquêteurs sont venus dire au procès qu’on leur a interdit d’investiguer dans ce sens-là. Des enquêteurs financiers sont venus dire que CONNEROTTE leur avait demandé d’examiner une cinquantaine de compte de personnes ayant été en relation avec NIHOUL. Par la suite, le juge LANGLOIS a réduit le nombre de ces comptes à examiner, aux seuls comptes de NIHOUL.
Donc, pour moi, si cette enquête n’a pas abouti, et si elle a duré aussi longtemps, tout en n’aboutissant pas, c’est qu’il a fallu ce temps-là pour "remettre le couvercle sur la marmite". C’est pour cela qu’on a perdu toutes ces années et qu’on ne sait toujours rien.
[1] Nous pouvons également rappeler que NIHOUL, dans une des trois séquences d’"AU NOM DE LA LOI" qui lui ont été entièrement consacrées (était-ce le rôle d’une TV de service public ?) a pu, face à la caméra, dire qu’il avait partouzé avec des politiciens, des magistrats, des ministres "et même plus haut que des ministres" : si cela n’est pas faire pression pour éviter les assises !... Signalons également qu’à deux reprises, NIHOUL a proposé à des journalistes de "CANAL PLUS" et du "SPIEGEL" des photos compromettantes de hautes personnalités !
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