Au fil des audiences
Il évoque d’abord la piste « TAGLIAFERRO », du nom de ce ferrailleur de Keumiée (Sambreville) retrouvé mort le 5 novembre 1995 (Ndr. La nuit-même de la séquestration de ROCHOW, DIVERS et JADOT).
Sa femme, Fabienne JAUPART, fera des déclarations à la PJ de Namur, parlant de l’assassinat de son mari officiellement mort d’une crise cardiaque. Elle se souvient que le premier policier arrivé sur les lieux était Georges ZICOT [2].
Au juge CONNEROTTE, elle parlera de DIAKOSTAVRIANOS vu dans une Mercedes avec Nihoul, en juin 1996. Le juge fera exhumer le corps dans lequel on trouva une quantité anormale de cyanure. Fabienne JAUPART, sera retrouvée morte, trois ans plus tard, dans sa maison de Tamines, le matelas de son lit ayant pris feu après qu’elle a mis cuire ses pommes de terre dans la cuisine !
Exit Bruno TAGLIAFERO.
Exit Fabienne JAUPART [3].
Sur six mille cheveux retrouvés dans les lieux et les véhicules par où auraient pu passer les victimes, on a pu, jusqu’à présent, dit Me MAGNEE, en analyser entre 700 et 1000. Et sur ce lot, on a mis en évidence une bonne vingtaine d’inconnus au dossier. Il insistera pour dire qu’on a bien trouvé, dans la cache de la cave, un cheveu de Claude THIRAULT.
Me MAGNEE rappelle la trace de sang humain d’une personne inconnue mêlée à une trace biologique identifiée comme étant une trace de la petite JULIE LEJEUNE.
"Et monsieur MASSON, enquêteur, vient nous dire à l’audience, qu’il ne faut pas prendre ces traces au tragique", s’exclame Me MAGNEE [4].
Dans le PV 100468/ 01 du 14 novembre 2001, on parle d’une série de cassettes répertoriées.
On y cite notamment le lot VERMEIREN (99 cassettes saisies) dans lequel on retrouve une cassette pornographique et pédophile, et le lot FINET dans lequel on retrouve 49 cassettes à caractère pornographique et pédophile, dont sont tirées 73 thermo-copies (photos), où l’on voit des mineurs avec des adultes.
« J’ai interrogé le juge d’instruction à propos du lot FINET saisi à Charleroi en 1996, dit Me MAGNEE. Il a répondu que cela n’était pas de sa compétence ! » (Ndr : Ce lot a effectivement été saisi par la juge d’instruction ETIENNE de Charleroi, qui s’était déjà opposée sur ce point au juge CONNEROTTE)
Il y a sur ces photos une vingtaine d’enfants différents. On l’a le réseau, ici à Charleroi ! Mais on n’en a pas parlé, ou en parlera uniquement devant les tribunaux de Charleroi. (Ndr. L’affaire a déjà été jugée. FINET a été condamné, mais on n’a pas parlé du contenu des cassettes.) [5]
Pour renforcer sur ce qu’il a à dire sur le milieu de Charleroi et son développement sur un « terreau » favorable à tous les trafics, Me MAGNEE entreprend la lecture d’un passage du deuxième rapport de la Commission parlementaire sur l’affaire "DUTROUX, NIHOUL et consorts". Cet extrait porte sur le trafic de voitures à Charleroi et la corruption qu’il engendre.
« La commission d’enquête parlementaire a fait à ce sujet les constatations suivantes.
a. Le caractère d’entreprise
Le trafic de voitures est bien organisé à Charleroi et peut s’appuyer sur un réseau expérimenté de voleurs de voitures, de maquilleurs, de garages, de fourrières, d’entreprises de carrosserie et de mécanique, de personnes et d’entreprises spécialisées dans le démantèlement de voitures, d’exploitants de garages, etc. En outre, ce milieu sait qu’il peut compter sur la " bienveillance " de certains policiers et autres fonctionnaires qui contrôlent les véhicules, délivrent les documents requis, signalent mais surtout "désignalent " les véhicules volés et délivrent l’attestation par laquelle un véhicule est déclaré clean, qui rendent toutes sortes de services de nature à entraver la recherche des véhicules volés et des auteurs des vols et qui tentent par tous les moyens d’empêcher que des preuves puissent être apportées.
Une série de trafiquants de voitures notoires sont bien implantés sur le marché de la criminalité et bien que la concurrence soit particulièrement forte dans ce secteur, elle n’a apparemment pas entraîné de glissements parmi les caïds du milieu des trafiquants de voitures à Charleroi. La commission d’enquête parlementaire a également pu constater qu’il s’agit d’un milieu violent qui interfère avec de nombreux autres milieux tout aussi violents (drogue, traite des êtres humains, etc.).
Le fait qu’ils consolident leur position dominante depuis déjà longtemps peut être l’indice d’un certain nombre d’éléments non négligeables.
b. La capacité de neutraliser l’action des pouvoirs publics
Par ailleurs, certains d’entre eux ont parfaitement réussi à neutraliser - et ce, dans une large mesure - l’action des pouvoirs publics à l’encontre de leurs activités. Ceci a largement contribué à asseoir leur image dans le milieu criminel en général et dans le milieu des trafiquants de voitures en particulier. Une série de grands trafiquants se sont véritablement incrustés dans certains milieux policiers et judiciaires, ainsi qu’on le verra ci-après. La plupart ont le statut - officiel ou non - d’informateurs et se servent de cette arme de deux façons différentes. D’une part, elle leur permet d’occuper une position privilégiée vis-à-vis de certains milieux policiers et judiciaires et, d’autre part, ils utilisent leur statut et leur position privilégiée pour exclure certains concurrents récalcitrants du marché en les dénonçant ou, pire, en les intimidant et en usant de violences à leur égard, en sachant que de tels comportements n’entraînent généralement pas de réaction judiciaire, compte tenu de l’ampleur de la criminalité dans la région.
Au cours de ses travaux, la commission d’enquête a eu connaissance d’une série de décès suspects de personnes qui ont fréquenté le milieu des trafiquants de voitures à Charleroi ou ont été en relation avec ce milieu. Ces affaires datent d’il y a quelques années. C’est en désespoir de cause, devant la lenteur de l’enquête judiciaire, et convaincus qu’il fallait chercher l’explication des décès suspects dans le milieu des trafiquants de voitures et peut-être même, indirectement, dans l’affaire Dutroux que certains proches parents se sont adressés à la commission d’enquête parlementaire.
La commission d’enquête parlementaire a pu constater que les enquêtes judiciaires semblent faire peu de progrès. - Fin de citation, ponctue Xavier MAGNEE [6].
"Méfiez-vous des secrétaires comptables qui notent tout", dit Me MAGNEE en abordant un chapitre où vont s’entremêler garagistes, ferrailleurs et policiers.
Helena LEMIRE fut comptable chez un nommé SQUITTIERI, qui gérait la fourrière. Entendez par là le parc des voitures saisies par la justice de Charleroi. "Une affaire en or !" s’exclame Me MAGNEE, "pourvu que l’on soit pistonné pour avoir le contrat. Dans ce cas -ci, le piston était vraisemblablement René MICHAUX, que j’ai questionné devant vous".
En avril 97, Madame LEMIRE reçoit son C4. Elle est licenciée. Mais elle déclare qu’elle a vu sur le chantier de Monceau-Sur-Sambre aussi bien NIHOUL, que DUTROUX, que MARTIN, que DIAKOSTAVRIANOS, que René MICHAUX et que son collègue André NOULARD... Elle dit savoir que le frère de René MICHAUX, Edouard, a travaillé chez SQUITTIERI. Elle dit que MICHAUX parlait à son patron d’enquêtes policières et que cet échange d’informations lui paraissait tout à fait anormal. Elle dit avoir entendu SQUITTIERI s’informer auprès de MICHAUX à propos de ZICOT et avoir demandé s’il était « mouillé » - « Entendez, dit Me MAGNEE, "ne serait-il pas dangereux parce qu’honnête ?" ».
Elle raconte aussi qu’un jour de décembre, MICHAUX était venu chez SQUITTIERI prendre un verre avec des collègues. Ils parlaient de la perquisition qu’ils venaient de faire à Marcinelle. Elle a entendu parler de « JULIE » et de « MELISSA ». Elle a entendu MICHAUX dire que de toutes façons elles étaient mortes, et que c’était juste pour les parents qu’on continuait parce que c’étaient des excités. Elle se souvient qu’à l’époque, elle s’était demandée pourquoi ces policiers parlaient de Shakespeare. En fait, ils parlaient de l’opération « OTHELLO ».
Auditionnée par des enquêteurs de Neufchâteau, Mme LEMIRE ajoutera qu’elle a entendu que MICHAUX faisait des observations depuis un wagon de chemin de fer.
Mais deux ans plus tard, ne voyant plus rien venir de Neufchâteau, elle se confie à une dame, membre de l’ASBL « Marc et Corinne », qui, elle reçoit la visite d’autres enquêteurs. De ce contact, Messieurs PEETERS et VAUCAIRE feront rapport : pour eux, Helena LEMIRE paraît confuse, elle a grand besoin de se sentir écoutée ; la dame de chez « Marc et Corine » a cru comprendre qu’elle était un peu médium et, concluent les policiers , "nous ne pouvons conclure quant à l’opportunité de poursuivre".
Réinterpellée, Mme LEMIRE confirmera toutes ses déclarations, mais l’affaire en reste là.
En 2003, cependant, Antonio SQUITTIERI porte plainte contre Helena LEMIRE, qui s’était plainte de harcèlement sexuel de sa part. L’instruction a été menée par la juge MICHEL de Charleroi. Le 13 février 2004, le parquet dépose à l’encontre de Mme LEMIRE un réquisitoire d’internement psychiatrique [7].
(A suivre.)
Nous ne prétendons pas dans ces comptes rendus restituer l’intégralité, mot pour mot, de ce qui s’est dit à l’audience. Ce serait fastidieux, voire impossible pour la petite équipe bénévole de l’Observatoire citoyen, qui est à pied d’oeuvre jour après jour à Arlon. Et ce serait en général peu utile. Nous répercutons toutefois les propos tenus avec le plus de fidélité possible sur la forme et sur le fond, souvent sur la base des notes saisies à l’audience par plusieurs de nos rapporteurs.
Sur le système de défense de Marc DUTROUX et de ses avocats, lire aussi Anne-Marie ROVIELLO, "Récupération, manipulation - Maître Xavier Magnée "tout contre" nous... Analyse d’une stratégie de "défense"" (article publié le 23 mars 2004).
[1] La première partie de la plaidoirie de Me MAGNEE fait l’objet d’un article précédent.
[2] Le terrain de TAGLIAFERRO est situé à cheval sur la limite de deux arrondissements judiciaires : Namur et Charleroi.
[3] Pour en savoir plus sur ce volet TAGLIAFERRO : Anne-Marie ROVIELLO, "Les morts opportunes - Trente témoins morts - Compte rendu d’un ouvrage de Douglas De Coninck paru aux éditions Mols".
[4] Cfr Vincent DECROLY, "Zone d’ombre - Méga-malaise sur les micro-traces - Livreront-elles leurs secrets avant le verdict d’Arlon ?".
[5] Cfr "René Michaux : cafouillages, cassettes et chuchotements (audience du mardi 30 mars 2004 - matin)" et Vincent DECROLY, "Cassettes cachées ?".
[6] Sur le volet "trafics de voitures", lire Vincent DECROLY, "Zone d’ombre - Trafic de véhicules et saucissonnage : suite... après les Assises d’Arlon ? - Dutroux, Nihoul, Zicot & consorts...". Par ailleurs, la relecture d’un grand nombre de passages des deux rapports de la commission permet d’ailleurs de se rendre compte de façon éclairante, de ce que l’instruction et le procès d’assises sont réducteurs en regard de la masse d’informations fournie par la commission d’enquête parlementaire.
[7] Cfr "Helena LEMIRE devant la Chambre du conseil de Charleroi" et « LE DELIT : parler de l’affaire Dutroux. LA SANCTION : l’asile à perpétuité - Traduction d’un article de Douglas De Coninck paru le 22/05/2004 dans "De Morgen" ».
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